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Maître Isadora et Miss Hyde

Chapitre 4

Tristan.

 

Un mois putain ! Un mois que je ne l’ai pas vue depuis que je suis parti en mission ce soir-là. Nous sommes perdus au fin fond du trou du cul du monde en Ukraine dans un orphelinat. Serkis m’a confié la mission de vérifier l’un de ses pipelines (traduction : ligne d’approvisionnement) qui donnait des signes de faiblesse au moment où il en avait le plus besoin, dans la mesure où il voulait créer une nouvelle plateforme de conditionnement. À ce moment, tous mes capteurs se sont mis en alerte. Je suis certain que, même Hubble là-haut, ne peut pas faire mieux. Créer un nouvel endroit où prélever des organes pour les expédier plus à l’est, vers le comptoir asiatique, ou plus au Sud vers le Moyen-Orient, cela signifiait que la Tête allait peut-être enfin se montrer. Je ne pouvais pas me permettre de passer à côté d’une telle occasion. Même si ça me faisait bien suer, à cause de Maître Isadora.

Comme je l’ai dit, je suis déjà à cran en arrivant. Surtout lorsque j’y trouve des gosses livrés à eux-mêmes et couverts de galle. Ma case « retenue » se fait la malle, très loin. Le responsable de ce dépotoir était dans son bureau en train de biberonner l’équivalent de son poids en vodka, tout en se faisant sucer copieusement par une pute quelconque du coin, le futal sur les chevilles. Bref comme tableau, ce n’était pas franchement un Monnet. Ça aurait pu être à la limite un Picasso, mais… non. Même pas. Il m’a jeté un regard en coin, une main dans les cheveux de la fille, l’autre accrochée à sa bouteille.

J’étais déjà pas bien frais et plutôt très contrarié quand j’avais vu les mômes dehors, mais là ça a été plus fort que moi. J’ai viré la poufiasse d’un geste. Elle est tombée sur le cul en relâchant la bite de l’autre connard dans un bruit de succion dégueulasse. L’abruti s’est levé, prêt à me montrer toute l’étendue de sa virilité, quand je l’ai aligné par un coup de tête propre et net. La bimbo s’est barrée sans demander son reste. Fetja m’a attrapé par le bras pour m’inciter à la retenue.

Moi, je n’avais qu’une envie, c’était de me faire ce connard. Mais j’aimais bien avoir des spectateurs pour ça. Alors, j’ai demandé à Fetja d’aller me chercher les autres trous de balle qui s’occupaient du trafic pour le réseau ici.

Trois minutes plus tard, j’avais quatre gonzes qui se pissaient dessus en attendant de savoir pourquoi on était là et pourquoi j’avais leur branleur de chef à mes pieds, le cul à l’air et la bite flasque.

Pour le spectacle, je lui ai filé deux coups de pompe dans le bide, avant de le tirer par les cheveux et de lui talocher la tronche pour le réveiller, façon Tadelakt marocain. Il a poussé un gémissement. Mon nez a deux centimètres du sien, j’ai demandé :

— Tu sais qui je suis ?

Il a hoché la tête.

— Ja… Janus.

— Tu sais pourquoi je suis là ?

Il a dégluti, mais n’a rien rajouté. À quoi bon ? Son temps était compté. Il savait que je ne ferais pas de quartier. Enfin… si. Au contraire, c’était bien le genre de la maison. Après tout, notre fonds de commerce, c’était la boucherie humaine. Et je m’étais taillé une solide réputation dans ce domaine depuis mon arrivée à L’Organique.

Je lui ai donc posé une seule question :

— Où est le fric ?

Une grosse larme a roulé sur sa joue. Il a secoué la tête. Au moins, il a eu la décence de ne pas faire comme s’il ne comprenait pas.

— Je… Je ne l’ai plus.

Je lui ai filé une autre mandale.

— C’est une mauvaise réponse ça.

Mon téléphone a sonné. Je l’ai repoussé d’un geste brusque. Il s’est affalé à mes pieds. J’ai décroché.

— Gregor.

— On en est où ?

Serkis.

— Il dit qu’il n’a plus le pognon.

Silence.

— Tu le crois ?

J’ai réfléchi à peine une seconde.

— C’est un minable qui vous fait perdre votre temps. Il a tenté de vous doubler, il a perdu. On ne reverra ni l’odeur du fric, ni sa couleur. Ce connard ne vaut même pas la balle que je vais lui coller entre les deux yeux.

Nouveau silence.

— Tu ferais quoi ?

Je masque mon exultation en tournant le dos à tout le monde et en m’éloignant de quelques pas. En posant cette question, Serkis me laisse enfin accéder au dernier cercle. Je suis dans la dernière zone de combat. Mais je n’y ai qu’un orteil. C’est le moment de la jouer fine.

— Refonte du lieu de fond en comble. Cet orphelinat doit devenir aussi propre qu’une foutue blanchisserie. Comme pour le Club. Ici, tout doit être respectable et surtout reconnu. Les gosses doivent être bien traités et mis en avant. Si on veut y installer dans l’ombre une clinique à prélèvement, il faut qu’on attire la lumière sur tout le reste.

— Mais encore ?

Je souris. J’ai attiré son attention.

— Les enfants, c’est comme les organes. Y a des couples qui vendraient père et mère pour adopter. Sauf que là, on peut le faire légalement tout en planquant le reste. En plus. Rien ne nous empêche en dernier recours d’utiliser un môme, s’il nous manque un produit. Perdre un orphelin ne fera qu’attiser la sympathie et, pourquoi pas, nous aider à attirer des investisseurs charitables pressés de se racheter une conscience et encore plus pressées de défiscaliser. Bref, tout bénef.

Serkis éclate de rire. J’entends une voix derrière lui.

— Tu me surprendras toujours, Janus.

Je ne réponds pas. C’est maintenant que tout se joue.

— Le patron valide ton idée. Tu as carte blanche pour tout remettre en ordre. On t’envoie notre avocat, Maître Cambor, pour la paperasse et l’embauche d’un nouveau directeur, et des hommes supplémentaires aussi pour gérer le business.

Je reste pétrifié en entendant le nom de l’avocat. Immédiatement je me demande : Cambor père ou fille ? Serkis poursuit :

— Quand tu reviendras, le patron toi et moi, nous aurons une discussion.

Je ferme les yeux. Quelque part, je devrais être soulagé. Je vais enfin découvrir qui est à la tête du réseau. Mais apprendre que le cabinet d’Isadora est impliqué me paralyse.

— Janus ?

— Oui ?

— Tu as raison pour l’autre connard. Il ne vaut pas la balle avec laquelle tu comptais le descendre. Tu me suis ?

J’inspire fort.

— Je vous précède même.

— Fais-en un exemple. Que cela ne se reproduise plus.

Il raccroche.

Je lâche un cri de rage vers le ciel. Je suis à la fois satisfait et à la fois en colère. Bon, la seule chose, c’est que j’ai au moins réussi à faire en sorte que tous les gosses soient mieux traités qu’auparavant. C’est le seul truc sur lequel je vais m’assurer qu’il n’y ait aucun impair. Et je dis bien aucun.

Je m’allume une clope en réfléchissant encore un peu avant de passer à l’action et d’aller me pourrir les fringues de sang. J’ai reçu l’ordre d’en mettre plein les mirettes aux autres kékés, c’est donc ce que je vais faire. Je vais tous leur faire comprendre qu’il ne suffit pas de faire le gros dur pour en être un. Le vrai barjot dans l’équation, c’est moi. Pas besoin d’être mathématicien pour le comprendre.

Je vais leur montrer ce qu’il en coûte de doubler le réseau.

Réseau que je me fais un plaisir d’entuber au passage bien profond, sans vaseline et au sable. Mais c’est justement ça qui est jubilatoire dans l’histoire.

Et si dans le même temps je peux rendre la vie meilleure à de pauvres mômes qui n’ont rien demandé à la vie, alors c’est tout bonus pour ma conscience. Au moins, j’aurai eu l’impression de ne pas faire tout ça pour rien.

Et c’est déjà ça.

Quant à Maître Isadora ? C’est l’inconnue de l’équation.

Mais je n’ai plus le choix.

 

Isadora.

 

Je tourne depuis deux minutes au moins, le billet d’avion entre mes mains. Il glisse de mon pouce à mon index puis à mon annulaire, avant de recommencer son tour de manège. Assise à la place que l’on m’a réservée, je regarde par le hublot sans vraiment voir l’extérieur. Je repense à ma conversation, avant de décoller, avec le détective privé que j’ai engagé, David Langercrantz :

« — J’ai pris de gros risques à fouiner sur celui-là, Maître Cambor. J’espère que vous savez où vous mettez les pieds.

— Allons droit au but. Qu’est-ce que vous avez découvert ?

— Janus Gregor n’existe pas. C’est une couverture. »

J’ai cillé.

« — Mais encore ?

— J’ai dû aller chercher loin, très loin pour avoir sa véritable identité, et vous devrez des services à pas mal de monde… »

Langercrantz m’observait avec intensité. Je suis pourtant restée impassible. Je connaissais les règles du jeu.

« — Et donc ?

— C’est un flic en immersion. Grosse mission pour très gros trafic. Le genre si gros que même l’iceberg du Titanic passerait pour un simple glaçon à côté. J’ai eu un mal de chien à obtenir son vrai nom. Je ne parle même pas de sa bio. Elle est tellement censurée et passée au marqueur noir, que c’est à se demander si ce mec est né en sortant par la chatte de sa mère. »

J’ai levé les yeux au ciel.

« — Vous êtes un vrai poète, Langercrantz.

— Désolé, je suis à cran. C’est chaud, cette histoire. Si je vous donne son nom, il ne doit pas sortir, sous aucun prétexte. Sinon, c’est mort. »

Je ne montrais rien, mais à l’intérieur de ma petite personne, c’était Beyrouth.

« — Je suis tenue au secret professionnel, de toute façon. Vraie ou fausse identité du client. »

Langercrantz m’a dévisagé encore une fois. Puis sans préavis, me contournant pour partir, il m’a soufflé :

« — Tristan Samaha. »

 

Durant tout le vol, Janus, pardon Tristan, n’a pas quitté mes pensées. Atterrissage. La pression monte. Le débarquement commence. Je m’avance d’un pas raide, le dos bien droit, le menton relevé comme pour affronter un ouragan. Mes lunettes sont perchées sur mon nez. Mes yeux lancent des éclairs lorsqu’ils se posent sur celui qui m’attend, l’air détaché et nonchalant au possible dans son treillis militaire et son T-shirt noir. Comme si je ne lui avais pas manqué. Je le dévisage, de haut en bas et de bas en haut. Il n’a pas changé. Toujours aussi massif, toujours l’air aussi dangereux. Cette sensation s’est même accentuée depuis que je sais ce qu’il me cache.

Je souris.

Pour la première fois depuis un mois.

Je me dépêche de le rejoindre en traînant sur ses roulettes ma petite valise noire. Je m’arrête si près de lui que nos deux corps se percutent. Il m’enlace instinctivement et inspire profondément l’odeur de mes cheveux.

— J’ai envie de te gifler. Puis de te baiser. Et puis encore après de te gifler.

Je débite tout ça sur le ton de l’urgence et du désespoir, mon front posé sur son épaule.

— Quoi ? me répond-il. Je n’ai même pas droit à un bonjour ?

Je me hisse sur la pointe des pieds et passe ma main dans ses cheveux pour les tirer. Sa bouche frôle la mienne lorsque je lui dis très sérieusement :

— Bonjour, c’est quand on a envie d’être polie, Janus. Et je n’ai pas envie d’être polie.

Je griffe son cuir chevelu. Il me soulève contre lui et m’embrasse comme s’il n’avait jamais embrassé personne de toute sa vie. Il y met tout : sentiments, langue, rage, dents, désespoir, et salive.

Il est irréel ce baiser, tellement il est obscène et beau.

C’est comme le sexe dont j’ai envie avec lui. Il faut que ce soit sale, si on veut que ce soit bien fait.

Les gens autour de nous commencent à tousser ou à s’exclamer. Nous nous repoussons mutuellement, haletants. Limite en colère.

— Maintenant ? me demande-t-il.

— Maintenant, je confirme.

Nous nous perdons dans le dédale des couloirs de l’aéroport jusqu’à trouver un coin où assouvir notre obsession de l’autre.

Je n’ai pas menti. J’ai envie de le gifler.

D’ailleurs, je le gifle.

Violemment. Sa tête pivote sous l’impact de ma main sur sa joue. Ça me démangeait depuis son départ. Non, depuis bien plus longtemps en fait. Pour tous ses mensonges. Pour son attitude de connard fini. Pour tout ce que je croyais qu’il représentait et qu’il n’est pas, en vrai. Pour me donner l’impression d’être une imposture et une pourriture finie. Parce que je sais enfin que je suis la méchante de l’histoire. C’est moi qui suis de l’autre côté de la barrière. C’est moi qui défends les salopards qu’il s’acharne à mettre sous les verrous en risquant sa vie au passage.

Je déglutis quand sa tête pivote de nouveau si lentement que je réalise mon geste. Janus –Tristan− pose son regard sur moi. Ses yeux sont noirs et me toisent de manière indécente. Ils cillent de façon incontrôlable. Ses narines palpitent de colère. Et puis brusquement, il crochète ma nuque et la serre à m’en faire mal tandis qu’il défait du pouce le bouton et la fermeture Éclair de mon jean. J’inspire et retiens mon souffle attendant avec ferveur la suite.

— Me gifler, me baiser et de nouveau me gifler c’est ça, Maître Isadora ?

Il serre un peu plus ses doigts autour de ma nuque. Je gémis.

— Réponds-moi, bordel. Est-ce que c’est ça ?

Je me raidis. Cette façon qu’il a de me parler réveille de nouveau en moi des envies belliqueuses. Il me ment. Je lui mens. Il m’a abandonnée. Je l’ai giflé.

Sa main passe dans ma culotte. Un doigt vengeur se glisse entre les replis moites de mon sexe et bute sur… Je redresse le menton et souris machiavéliquement. Ses yeux s’assombrissent encore d’un cran.

Brusquement, je me retrouve le jean et la culotte sur les chevilles, les jambes écartées autant que me le permettent les vêtements qui m’entravent. Tristan grogne lorsque mon chemisier retombe sur mes cuisses. Je ne l’ai jamais trouvé aussi beau, ni aussi dangereux que là, à genoux devant moi. J’enroule ma main dans ses cheveux, alors qu’il remonte tout doucement ses doigts à l’intérieur de mes cuisses.

Ses pouces écartent les lèvres de mon sexe pour découvrir le piercing du capuchon de mon clitoris. Je tape l’arrière de ma tête contre le mur carrelé derrière moi, lorsqu’il le frôle d’un léger coup de langue. Je lâche un long soupir sous l’effet de l’excitation qui menace de déborder. Tristan me pince le clitoris assez fort pour me faire crier.

Il ne lui en faut pas plus pour enfouir sa tête entre mes jambes et sa langue au creux de ma féminité. Dans le silence de ce vestiaire, les bruits humides de sa langue qui joue avec mon clitoris sont plus qu’érotiques. Ils sont pornographiques. Ils me propulsent dans une brume sensuelle que je ne veux plus jamais quitter. Mes mains sur sa tête, je l’observe me lécher avec application, délectation ET voracité. Son index me pénètre et entame un va-et-vient qui me fait mouiller un peu plus. Je dégouline de partout. Il relève ses yeux vers moi un instant en aspirant mon clito entre ses lèvres. Ma cyprine imprègne tout le pourtour de sa bouche. Je passe ma langue sur mes lèvres en rêvant de me goûter sur lui. Perdue dans mon délire, je suis surprise par l’introduction de son pouce dans mon anus. Je crie tandis qu’il me doigte et me suce implacablement. Naturellement, j’aurais dû prévoir qu’un simple piercing du capuchon ne l’effraierait pas. Bien au contraire. Il sait quoi en faire. Trop bien, même.

La tension au creux de mon ventre atteint son paroxysme. Je n’arrive plus à le regarder faire. C’est à la fois trop gênant et pas assez. Comme toujours, quand je suis avec lui. J’en ai trop, mais en même temps il m’en faut toujours plus. J’ai honte de tout, sans avoir peur de rien. Alors je me laisse porter par l’instant et la vague de chaleur qui m’envahit. Je gémis, soupire, halète et supplie, tout ensemble.

Il faudrait qu’il arrête tout en continuant. Ou qu’il continue tout en s’arrêtant.

Son rythme s’accélère, ne me laissant plus le choix que de décoller. Je m’accroche à ses cheveux alors que la vague du plaisir se brise en moi et ravage tout sur son passage. Il grogne son approbation contre mon sexe, m’envoyant de nouvelles décharges quand je pensais ne plus pouvoir en encaisser. Puis Tristan se redresse, une lueur sombre et menaçante dans les yeux. Il m’a tout donné, c’est l’heure pour lui de tout me prendre. Tandis que je peine à récupérer mon souffle et ma raison, il défait d’un geste précis la ceinture de son treillis. Il ouvre sa braguette cependant que le cliquetis de la boucle de sa ceinture résonne encore comme le coup de feu de départ d’une course. Mes yeux dévalent son corps. Il a un « V » d’Adonis si provocant que je tuerais celle qui oserait essayer de l’entrapercevoir.

Je salive et me mords la lèvre lorsqu’il empoigne sa queue à travers son boxer.

— C’est elle que tu veux Maître Isadora ?

Je hoche la tête, mes yeux ne quittant pas sa main qui serre cette colonne de granit que je veux en moi. Je suis hypnotisée par le mouvement de ses doigts.

— Alors dis-le. Réclame-la-moi.

Sa voix rauque et râpeuse m’interpelle immédiatement.

Je détache à regret mon regard de sa queue pour revenir fixer son visage. Je prends conscience alors qu’il envahit tout l’espace. Tristan est une créature humaine géante. Du haut de son mètre quatre-vingt-dix de muscles tendus, sa puissance sexuelle est brute, sauvage et primaire. Il est un peu comme un titan.

Tout à l’heure je salivais, et maintenant j’ai la bouche sèche, tant je suis terrifiée de ne pas pouvoir le contenir tout entier. Je ne parle pas que physiquement. Quoi qu’on en pense, cela rentrera toujours. Non, c’est tout l’ensemble qui me paralyse. Cette force d’arrogance et de rusticité. Ce sans-gêne mâtiné de dangerosité. L’animal qu’il est, à défaut de l’homme que j’aimerais qu’il soit. Tristan sent mes doutes, comme un prédateur renifle la peur. Il aime ça, parce qu’il prend l’ascendant sur moi à cet instant.

— Je n’ai rien entendu, me dit-il durement.

Encore une fois, c’est sa façon de me parler qui m’électrise. Parce que, même si je suis terrifiée par tout ce qu’il est, il ne me traite pas comme une petite chose fragile ou un objet. Il me traite d’égal à égale. Alors je tends la main en faisant un pas vers lui. Ses bras tombent le long de son corps. Mes doigts baissent le tissu du boxer. Mes yeux restent dans les siens quand je m’empare enfin de son membre. Tristan inspire au contact de nos deux chairs. Il est doux et dur. Ma main glisse vers le haut et…

Je ferme les yeux et lâche un rire. Naturellement.

— Tu as trouvé le bout on dirait.

J’ouvre les paupières. Putain. Je suis en train d’observer un magnifique piercing que je ne connais pas. J’avoue que je reste décontenancée un instant.

— C’est une croix magique, précise-t-il. Ce sont deux piercings en fait : l’Apadravya, le vertical, et l’Ampallang, l’horizontal.

Je touche du bout de l’index les petites boules sphériques marquant le pourtour de son gland gorgé de désir. Je relève les yeux vers lui et lâche, pressée soudain :

— Je la veux.

Tristan ne se le fait pas dire deux fois. Il sort un préservatif de sa poche, déchire l’emballage d’un coup de dent. Il l’enfile dans un mouvement expert et passe ses deux mains sous mes fesses pour me soulever. Je dégage mon jean et ma culotte d’un mouvement et enroule mes jambes autour de sa taille. Il me plaque alors contre le mur et me pénètre jusqu’à la garde.

— Oh putain !

Il reste sans bouger en me dévisageant.

— Aujourd’hui, je te baise en latex, mais crois-moi, ce sera la seule et unique fois. Tu es à moi, Maître Isadora, sitôt sortis d’ici on passe par le premier labo venu.

Sur ces mots, il commence à me baiser par de longues percées lentes et profondes. Je suis désarçonnée par cet assaut. Je pensais à de la frénésie, de l’urgence, de… Mais en fait je ne pense plus, tellement c’est bon. Nos chairs claquent de plus en plus durement au fur et à mesure que Tristan accélère son rythme. Il contrôle tout et sa croix magique fait des miracles au fond de moi. Je jure que je le sens grossir en moi. Il prend toute la place. La friction est délicieusement brûlante. Je n’ai jamais rien ressenti de pareil. J’ai l’impression d’être transpercée à chaque nouvelle poussée de son membre en moi. C’est la première fois que j’ai cette sensation de plénitude.

— C’est ça que tu voulais ? grogne-t-il dans mon oreille.

Oh si seulement il savait. Sa lenteur me rend folle. Son savoir-faire aussi. Mais j’en veux encore plus, parce que je n’en ai pas assez. Comme à chaque fois.

— Plus fort, je le provoque.

Tristan se retire complètement avant de m’obéir. Son coup de boutoir est si violent que j’en vois des étoiles.

— Tu aimes ?

— Plus vite.

Tristan se transforme alors en machine. Son pilonnage est digne d’une attaque militaire en règle.

— Tu m’obsèdes, murmure-t-il dans le creux de mon cou.

— Tu me possèdes, je souffle.

Il m’embrasse et le feu repart de plus belle. Mon chemisier est trempé de sueur dans mon dos. Mon chignon se fait la malle et tout explose autour de nous.

Notre orgasme commun est impitoyable.

Nous nous écroulons sur le sol dans un désordre indescriptible, et dans un silence révélateur aussi, après que nos voix se sont simultanément brisées.

Comme nous d’ailleurs.

 

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