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Une minute de lecture

Le Podcast au féminin

Le Podcast au féminin : la prise de parole est-elle une prise de pouvoir ?

Nous avons choisi de parler de “podcast au féminin” et non pas de “podcast féministe”, puisque les personnes interviewées ici ont été choisies non pas en fonction du militantisme de leurs émissions respectives, mais parce qu’elles incarnent, parmi de nombreuses femmes, l’initiative de la prise de parole. Une parole qui, à elle seule, est engagement, implication, et action. Claire conseille des lectures selon nos moments de vie à travers son podcast PILE, Marielle raconte le destin de femmes qui nous inspirent avec Les Indomptables, Mélanie donne la parole aux hommes sur des questions intimes dans Ils se confient, et Fanny, via Passion Médiévistes, nous fait découvrir les facettes méconnues de l’époque médiévale…

 

La confiance en soi gagnée grâce à la voix

illustrer un article sur les podcasteuses

Claire Jehanno, animatrice du Podcast PILE

Leurs parcours sont différents, elles n’ont pas toutes une formation de journaliste radio, et pourtant, elles prennent le micro. Autodidactes souvent, elles apprennent à poser et à moduler leur voix sans la trafiquer, et surtout sans se faire interrompre ! Car les habitudes ont la vie dure : parler en public, quand on est une femme, est un exercice compliqué, pendant lequel il faut parfois se faire violence. “Quand on a lu Les femmes et le pouvoir de Mary Beard, on ne peut pas nier que la parole publique est historiquement une affaire d’hommes. Heureusement, je crois que les choses sont en train de changer !” nous confie Claire, de l’émission PILE.

 

Au moins, avec le podcast, la parole de la femme n’est plus interrompue, discréditée ou tout simplement ignorée. “C’est un support qui permet une grande liberté de discussion”, approuve Mélanie, de Ils se confient. Le podcast est devenu un espace d’expression privilégié, espace qui, encore aujourd’hui, a bien du mal à s’étendre au foyer familial, parmi les collègues de bureau, ou à l’Assemblée nationale…

Fanny Cohen Moreau, productrice du Podcast Passion Médiévistes

Lors des enregistrements de leurs épisodes, l’autorité masculine, ancrée dans les us et coutumes, ne plane plus au-dessus des podcasteuses. Elles s’expriment désormais selon leurs propres règles (non, pas celles représentées par du liquide bleu pour ne pas choquer…). Fanny, de Passion Médiéviste nous le confirme : “En me lançant dans le podcast, j’ai gagné en assurance. Je me sens concentrée, j’aime ce que je fais et j’y mets toute mon énergie.” C’est donc moins un acte militant clairement affiché qu’un défi personnel relevé grâce à la voix : “Je me dis que je suis capable, et cette reconnaissance envers soi-même est libératrice”, complète Marielle, des Indomptables.

 

La bulle intimiste, où tout dire et tout entendre

Mélanie Mâge, créatrice du Podcast Ils se confient

Le podcast est un média qui ouvre la voie aux femmes et qui, dans un même temps, crée un îlot coupé du monde, sur lequel on se sent libre de parler en toute franchise. “Je trouve que le média se prête bien à la confidence. Il y a là, je pense, un effet thérapeutique et bienveillant”, déclare Mélanie de Ils se confient. Les hommes qu’elle invite, en effet, ne se livreraient pas avec autant d’aisance face à une caméra. Parce qu’avec le podcast, l’anonymat est plus facilement préservé ? Pas seulement… Autour d’une table sur laquelle sont posés un ou plusieurs micros, toutes émissions confondues, les invités sont mis à l’aise par les podcasteuses, qui orchestrent le temps de parole de chacun, en veillant à l’équité.

 

 

Marielle Lieber-Claire, autrice et narratrice du Podcast Les Indomptables

Toutes les quatre nous affirment que l’absence de captation vidéo permet un instant de repos. “Dans un monde bombardé d’images, le podcast se recentre sur l’essentiel”, résume Marielle, des Indomptables. Une réalité à laquelle les femmes sont particulièrement confrontées ! Selfies et campagnes publicitaires mettent en scène des beautés normées qui polluent la considération que l’on a de soi-même et des autres. Le moment de l’enregistrement du podcast devient une bouffée d’oxygène. La podcasteuse peut se prendre la parole, ou la donner, en se focalisant sur ce qui est dit, et non sur l’image qu’elle renvoie. Alors la proximité avec ceux qui écoutent s’installe, tissée par l’intelligence et la construction du discours.

 

Podcast Passion Médiévistes

La voix permet un lien immédiat entre les podcasteuses et leurs auditeurs. “J’aime partager mon enthousiasme à propos d’un livre directement dans l’oreille des gens”, nous dit Claire, de PILE. Comme avec les blogs, les chaînes YouTube ou les comptes Instagram, une communauté se forme autour des podcasteuses. Mais contrairement à l’écrit et l’image, l’audio seul instaure une intimité réellement incarnée, et sans artifice. “On ressent vraiment l’émotion de ceux qui prennent la parole. Les convictions, les combats, les parcours de vie que j’écoute via des podcasts me touchent plus qu’un récit par écrit, qui me semblerait plus froid”, complète Fanny, de Passion Médiévistes.  

 

Le podcast inspire créativité et engagement

Podcast PILE

L’important, nous confient ces quatre podcasteuses, c’est finalement de sauter le pas, de se sentir légitime en tant que femme de créer et d’animer sa propre émission, en choisissant la tonalité. De cette prise de position dépendra l’identité du podcast, et son authenticité. Claire, de PILE, s’est par exemple démarquée des libraires et des journalistes en trouvant le livre parfait pendant une humeur particulière : “On ne lit pas la même chose quand on a la grippe au fond de sa couette ou au bord de la piscine. Je me suis dit que c’était une manière originale de partager mes coups de cœur.”

 

 

 

Podcast Ils se confient

Le podcast Ils se confient, lui, tourne autour de la masculinité, thématique doublement insolite car les discussions sont menées par une femme, Mélanie, et parce qu’il est rare, en société, que les hommes abordent les sujets dont il est question pendant les épisodes : abstinence, friendzone ou encore vasectomie… Tout est dit. Avec ce format audio qui dynamite les tabous, les podcasteuses osent et proposent. Fanny, de Passion Médiévistes, va également au-delà des idées reçues en clarifiant quelques zones d’ombres : “On ne m’a jamais dit que mon podcast était féministe, mais j’essaye de montrer que les femmes avaient un rôle plus important au Moyen Âge, leur redonner la place que les historiens ont souvent minimisée”, nous livre-t-elle.

 

 

Podcast, Les Indomptables

Indépendantes et consciencieuses, les podcasteuses semblent s’appliquer à respecter le premier des quatre principes toltèques : “Que votre parole soit impeccable”, c’est-à-dire sans nuire ni à vous-même ni à autrui, avec sincérité et intégrité ! Le tout en ne négligeant jamais la forme. Marielle, des Indomptables, a choisi par exemple celle du storytelling, en racontant l’histoire de femmes au destin hors du commun : “Quand j’enregistre, il y a un travail d’interprétation, car l’écriture de mes épisodes est une narration”, nous explique-t-elle. Et comme dans toute performance créative, plus le résultat sera agréable, plus la préparation en amont aura été dense…

 

Les quatre podcasteuses interviewées proposent des sujets bien différents. Et si leurs thématiques se retrouvent – ou se retrouveront – dans d’autres podcasts, elles sont unanimement convaincues qu’il y a de la place pour chacune. Car les émissions se suivent et ne se ressemblent pas… Toutes cependant sont représentatives d’une prise de pouvoir, peut-être pas sociétale, mais assurément personnelle. Pourquoi ne pas envisager une transition progressive du particulier au collectif ? Suite au prochain épisode, peut-être disponible en podcast !

 

Justine Souque.

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