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Game of Thrones: une série féministe ?

Game of Thrones :
Une série féministe ?

Alors que l’exposition de Game of Thrones déménage en Allemagne dès septembre et que les fans attendent avec impatience la dernière saison de la série mythique, nous avons décidé de nous questionner un peu sur le féminisme de la série.

GoT, une série féministe ?

Si vous cherchez sur internet, vous verrez des avis bien divergents. Pour certain.e.s c’est un grand « non », pour d’autre un « oui » à l’unisson. Comment se retrouver ? Quels sont les arguments ?

Attention ! À partir de maintenant, l’article contient des spoilers. Si vous n’avez pas vu les sept premières saisons, il est préférable de passer votre chemin.

Qui ne connait pas GoT ? La magnifique Daenerys ou la rebelle Arya Stark ? En soit, GoT nous présente tout un panel de personnages féminins forts qui prennent leur destin en main et n’hésitent plus à se battre. Mais quelle est vraiment leur place ? Cela suffit-il pour signifier que la série est féministe comme le prétendent certains ?

Dans un premier temps, n’oublions pas le contexte. GoT s’inspire d’une époque moyenâgeuse mais elle reste complètement fantasmée et n’a aucune ressemblance avec notre réalité. Fantasmée ? Oui, car nous sommes dans la pure fantasy. Même si la place de la femme est encore aujourd’hui au cœur des débats, il ne faut pas croire que GoT représente une réalité quotidienne des siècles passés. Si on ne peut nier l’existence des nombreuses maltraitances, viols et violences physiques comme psychologiques qu’on put subir les femmes à cette époque, ces actes n’étaient en aucun cas légalisés et acceptés par la société. De plus, le monde n’était pas uniquement dirigé par les hommes. Certaines femmes possédaient également le pouvoir et étaient respectées telles Aliénor d’Aquitaine, Marguerite de Navarre ou encore Catherine de Medicis…

Chez GoT nous assistons à une tentative de meurtre sur un enfant, plusieurs scènes de sexes parfois inutiles car elles n’apportent aucune information supplémentaire à l’histoire, tels Théon et Rose dans les premiers épisodes de la saison 1, un mariage forcé, des violences conjugales, tout cela dans le premier épisode ! Ces scènes « chocs » dès le début permettent de banaliser la violence et donner le ton à la suite de la série. Le spectateur n’est alors ni choqué ni révolté de voir des femmes se faire violer à l’écran par la suite.

Vous nous direz : c’est la série !

La série nous présente un nombre incalculable de scènes de nus. Des femmes à poils, des paires de seins, des scènes de sexes où nous pouvons admirer les attributs féminins … Mais où sont les pénis ? S’il est vrai que GoT sans sexe n’existerait pas, tel que le dit George R.R Martin dans le New York Times (lien) lui-même :

« Le viol et la violence sexuelle ont fait partie de chaque guerre jamais combattues, depuis les Sumériens jusqu’à nos jours. Les omettre d’un récit centré sur la guerre et la puissance aurait été fondamentalement faux et malhonnête. »

Mais quand même… l’égalité des plans à l’écran sur les attributs féminins et masculins est inégale !

Une fois ce contexte établit que l’époque ne fait pas tout, parlons un peu de ces personnages féminins. Il est vrai que par rapport au début, les dernières saisons de GoT nous présentent des femmes fortes qui reprennent le pouvoir. Et heureusement ! Aux fils des saisons, les violences diminuent. Nous voyons de moins en moins d’attributs féminins et cela grâce aux acteurs de la série. Emilia Clark (Daenerys) a dénoncé le manque de plans masculins et a refusé toutes les futures scènes de nus. Les producteurs semblent aussi surfer sur l’ère féministe qui redémarre pour proposer une lecture plus ouverte, plus égalitaire.

 

Des personnages féminins souvent stéréotypés.

 

D’un côté il y a la femme qui embrasse sa féminité, qui se contente de son rôle de mère et d’épouse tout en tenant le rôle de manipulatrice. Nous pensons notamment à la machiavélique Cersei, Melissandre Margaery Tyrell, ou encore Catelyn Stark qui vit à travers son mari dans la saison 1.

Sansa Stark – Saison 1 VS Saison 7

Puis il y a Sansa qui ne rêve que d’épouser Joeffrey pour finalement devenir une victime de la cour avant d’atterrir dans les bras de Bolton. Elle est surement le personnage féminin qui évolue le plus. De petite fille naïve, elle passe à une victime, subit trois mariages forcés, est violée, torturée puis brisée psychologiquement et physiquement avant de devenir une Cersei miniature.

 

 

Brienne de Thorth (gauche) et Arya Stark (droite)

De l’autre côté, nous avons les garçons manqués, ces femmes qui refusent leur côté féminin et qui se dotent d’attributs masculins comme une coupe de cheveux très courte ou une armure. Évidemment, nous pensons tout de suite au personnage d’Arya qui dès la saison 1 se distingue de sa sœur Sansa en demandant des cours d’escrime à son père, et finit dans les saisons suivantes par se déguiser en garçon… C’est également le cas pour Brienne de Thorth, chevalier qui se voit refuser son titre par son statut de femme. Tenace et indépendante, elle  n’échappe pas à la violence des hommes et a failli se faire violer dans les bois.

 

Enfin, Yara Greyjoy, femme élevée comme héritier du royaume à la disparition de ses frères, jugée digne « remplaçante » de son père. Elle réussit à gagner le respect de ses hommes et des natifs des Iles de Fer. Iles où les femmes sont soit mariées soit concubines capturées lors de pillages de villages. Yara n’est pas mariée et assume une pansexualité ouverte et commande la flotte lorsque son frère la refuse. Elle a acquis le respect de son père et de ses hommes pour ses qualités de leader, son stratège et son intelligence.

Ainsi GoT nous présente deux extrêmes : des femmes qui acceptent leur féminité et celles qui la rejettent.

 

Pourtant nous pouvons trouver un subtil mélange : Daenerys Targaryen.

Daenerys Targaryen (Emilia Clark)

Ah Daenerys ! Elle est LE personnage qui fait beaucoup parler. Surtout niveau féminisme ! Reprenons depuis le début, dans un premier temps, son frère la marie de force à Khal Drogo pour qu’il puisse assouvir ses plaisirs et s’offrir une descendance. N’oublions pas la phrase fraternelle de la décennie : « Je laisserais la totalité de sa tribu te baiser, l’ensemble de ses quarante mille hommes et leurs chevaux s’il fallait en passer par là. » Dany se fait effectivement violer par son mari. Viol qui, au passage, est inexistant dans les livres ! Puis les scénaristes, par un subtil coup de maitre, réussissent à rendre le couple « trop mimi » alors qu’elle n’a que… 13 ans !dans les livres bien sûr. 😉

Finalement, Daenerys réussie à prendre le contrôle. D’abord celui de son couple puis de sa tribu. Mais rapidement, elle est de nouveau cantonnée à son rôle de « mère ». Elle accède quand même au statut de reine, gagne le respect d’un nombre innombrable d’hommes de valeur et dirige la cité de Meereen… tout en échappant aux viols collectifs des Dothraki et un kidnapping.

Alors oui, les femmes subissent les pires sorts dans la série, mais est-ce que cela prouve que c’est antiféministe ? N’oublions pas de relativiser un peu.

Comme dit précédemment, il nous faut replacer la série dans son contexte : une époque fictive inspirée du Moyen-âge. Ensuite, ne nous mentons pas, les hommes ne sont pas en reste dans la série. Alors oui, même si les sévices subis sont TRÈS différents, y-a-t-il un homme dans tout Game of Thrones qui n’a pas été une victime ? Entre Jon Snow qui, toute sa vie, n’a été que « le batard », puis la victime d’un assassinat collectif par ses proches, Jamie qui se fait couper la main et perd ainsi la reconnaissance obtenue grâce à ses talents militaires, Théon Greyjoy torturé, émasculé, déshumanisé et j’en passe… Tyrion Lannister qui n’est « qu’un monstre pire qu’un batard », Bran Stark qui finit estropié dès l’épisode 1, Eddard Stark qui est décapité, Robb assassiné, Oberyn qui a le crâne écrasé, Tywin qui finit d’une magnifique manière sur les toilettes, Tommen, Hodor, Clégane, Loras, Rickon, Davos, Varys… Il est facile de se concentrer sur le sort des personnages féminins, et même si les sorts subis sont plus fréquents et apparaissent beaucoup plus à l’écran, il ne faut pas oublier de regarder l’ensemble de la série.

Source : Melty

Là où les hommes voient leur monde s’écrouler à la perte de leur « force », « honneur », « masculinité »… Les femmes, elles, commencent leur vie avec un désavantage qu’elles réussissent à utiliser, dépasser, et transcendent leur condition pour prendre le pouvoir jusqu’alors inaccessible. Nous pouvons alors mentionner Sansa qui finit par diriger Winterfell, Arya qui devient un sans visage des plus redoutable, Daenerys qui possède désormais un titre plus long que la lecture du dictionnaire : Khaleesi, Reine de Meereen, Reine des Andals, de Rhoynar et des Premiers Hommes, Suzeraine des Sept Couronnes et Protectrice du Royaume, Khaleesi de la Grande Mer d’Herbe, Mère des dragons, l’Imbrulée… Yara qui dirige la flotte et prend le rôle de son frère, Brienne qui ne cesse d’impressionner les hommes alentours comme Tormund. Missandrei qui, esclave depuis sa jeunesse, réussit à se distinguer par son don pour les langues et devient la conseillère et amie de la reine. Et n’oublions pas les favorites : Lady Olenna et Lyanna Mormont ! Ces deux femmes ne sont pas admirées pour leur physique, ne cherchent pas à séduire, mais se font respecter par leur intelligence, leur impertinence, leur humour et leur volonté de sauver leur peuple et lignée. Lyanna Mormont est un personnage iconique. D’une très grande jeunesse, elle réussit à gagner le respect des lords du nord en un rien de temps et traite tout son peuple à égalité :

« Je ne prévois pas de tricoter près du feu pendant que les hommes de Bear Island combattent. Nous entrainerons les hommes, les femmes, les garçons et les filles ».

« Ma mère n’était pas une beauté, en revanche c’était une grande guerrière »

Ainsi donc, nous voici avec un constat mitigé : GoT est-elle une série féministe ? Une partie pourrait nous dire oui, car les femmes reprennent les pouvoirs, se battent contre l’adversité, possèdent les arcs narratifs les plus importants :

« Les arcs narratifs les plus intéressants de Game of Thrones sont tous sur des femmes – Cersei Lannister, les filles Stark et surtout Daenerys Targaryen – qui, pour maintes raisons, doivent apprendre à survivre et à s’imposer dans un environnement macho et sexiste. Bien sûr que c’est du féminisme ! À quelques exceptions près, je trouve les personnages masculins ennuyeux et interchangeables ; les vraies vedettes sont les femmes. »

Daniel Mendelsohn auteur de « The women and the throne » interviewé par lepoint.fr

Mais d’un autre côté, la série nous présente d’innombrables scènes de sexes, de nues non nécessaires, invente des viols qui n’étaient pas présents dans les romans (Daeneris, Sansa, Cersei…), les femmes sont constamment rabaissées, déshumanisées et ne sont présentes que pour assouvir les fantasmes des hommes et téléspectateurs. Elles sont souvent catégorisées en tant que « fille de.. » « Épouse de… » Ou simplement des prostituées.

« Pour chaque femme qui a de l’autorité, il y en a cinq autres qui sont dénigrées, et la plupart des femmes arrivent au pouvoir par l’humiliation physique et émotionnelle (Daenerys) ou par un détachement à la réalité (Cersei). » Danielle Henderson The Guardian.

Nous pouvons alors faire deux constats. D’un côté, ces scènes de violences et de sexes peuvent « banaliser » ce genre de comportements, nourrir des fantasmes de téléspectateurs qui peuvent y voir un comportement naturel dans la relation hommes/femmes. Ou, à l’inverse, permettent de refléter la réalité de notre société. Par l’empathie et l’identification crées avec les personnages aux fils des saisons, ces scènes peuvent dénoncer ces violences, faire réagir quant à la place des femmes encore bancale aujourd’hui, l’esclavagisme encore existant, le viol, la torture, les mutilations… ?

Tout cela dépend alors du spectateur qui regarde la série. Tout ce que nous pouvons dire, c’est que dans Game of Thrones, aucun personnage n’est tout blanc ou tout noir, nous avons une multitude de personnages féminins, de la prostituée à la reine, qui sont bien loin des clichés de princesse, de catins, de femme ou de mère souvent transmissent dans les médias.

 «Quelle autre série fait exister à l’écran un personnage comme celui de Brienne de Torth, chevalière qui met à terre les critères du masculin-féminin comme si elle avait mangé tous les bouquins de la philosophe Judith Butler […] ? Quelle autre série offre l’un des premiers rôles à une gamine fine lame et anti-cucul qui prouve haut la main qu’un garçon manqué est une fille réussie ?» Journaliste de l’Obs Marjolaine Jarry.

«Elle met en scène des femmes puissantes, voire dominantes, qu’on ne représente pas en train de chercher un mari, mais qui ont des intérêts qui leur sont propres […] Contrairement à Urgences ou How I Met Your Mother, les affects suscités par Game of Thrones ne sont pas d’ordre amoureux ou sentimentaux, mais plutôt moraux et éthiques. C’est plutôt rare dans le monde des séries télé, mais Game of Thrones éveille des sentiments politiques». Sandra Laugier.

 

Ben,

Les tribulations d’une accro.

Lectrice chez MA Next Romance d’Albin Michel

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